Nous t’aimions, Aleksandr Golovin

Nous t’aimions, Aleksandr Golovin

18 mai 2026 1 Par David L

Comme d’habitude, dimanche soir, il était là, installé devant son écran. Fidèle à une routine devenue presque rituelle, il avait une nouvelle fois enfilé son maillot rouge et blanc, floqué du nom de son joueur préféré : Golovin. Comme souvent aussi, le joueur russe n’était pas sur le terrain. Et cette fois, il avait trouvé un nouveau moyen de fuir : une fracture à un doigt de la main droite. Pas sur un duel, pas dans un choc héroïque. Non, ailleurs. Encore ailleurs. Toujours ailleurs.

Quand le joueur russe arrive sur le Rocher à l’été 2018, c’est une promesse immense. Un joueur technique, intelligent, censé incarner la renaissance du club. Mais, aujourd’hui, le constat est cruel. Aleksandr Golovin, c’est l’AS Monaco depuis huit ans : des promesses, quelques éclats et beaucoup de déceptions.

Huit ans dans un club comme Monaco, ce n’est pas anodin. C’est une durée qui définit un joueur. Il devrait aujourd’hui être un joueur légendaire de l’ASM comme Ludovic Giuly (1998-2004), un leader, un capitaine, un joueur décisif dans les grands moments. Ou, au moins, un joueur inoubliable comme Jérémy Toulalan (2013-2016), capitaine dans une période clé ou João Moutinho (2013-2018), le maestro constant, jamais absent dans les moments importants. Ces joueurs ont laissé une empreinte claire, une identité, une exigence et une constance dans l’histoire du club.

On l’appelait l’aigle de Kaltan. On attendait qu’il domine. Mais il n’a jamais pris de hauteur, ni imposé sa loi. Oui, il y a eu des éclairs : des frappes lumineuses, des passes géniales et quelques matchs où tout semblait possible. Mais trop peu. Toujours trop peu. Après bientôt huit saisons, que reste-t-il ? Aucun statut de leader incontestable. Aucune saison référence dominante. Simplement l’impression d’un potentiel jamais exploité. Pire, cette saison, il est devenu un joueur parmi d’autres, alors qu’il aurait dû être un pilier de l’équipe.

À Monaco, Aleksandr Golovin donne le sentiment d’un joueur confortable, installé et protégé. Certains supporters évoquent sa proximité supposée avec Dmitry Rybolovlev comme une explication à cette forme de tranquillité. Difficile à prouver. Mais difficile à ignorer. Ajoutez à cela une intégration limitée (il n’a jamais appris le français), une réputation de grand amateur de jeux vidéo et une implication jugée irrégulière. En définitive, il semble n’avoir jamais fait l’effort nécessaire pour franchir ce fameux cap.

Comme dans toute relation qui s’éteint, il y a ce moment où il faut arrêter d’espérer et de s’accrocher. Nous y sommes. Une séparation est devenue inévitable. Pas de colère, pas de frustration, juste de la fatigue. Celle de croire encore, celle d’attendre un déclic qui ne vient jamais. Alors il faut se résoudre à l’évidence : le mieux pour l’ASM, c’est qu’il parte ; le mieux pour lui, c’est de repartir ailleurs avant que le souvenir ne se dégrade complètement.

La saison prochaine, il remettra peut-être son maillot floqué Golovin. Par habitude. Mais cette fois, il le sait : ce ne sera plus de l’amour mais de la nostalgie. Vive le football, vive Aleksandr Golovin (malgré tout) et surtout vive l’AS Monaco !

Photo by Serge Haouzi/FEP/Icon Sport