Virer Thiago Scuro, et après ?

Virer Thiago Scuro, et après ?

26 janvier 2026 21 Par David L

Chers supporters de l’AS Monaco, préférez-vous vivre heureux dans le mensonge ou malheureux dans la vérité ? A ceux qui préfèrent l’illusion du bonheur, je leur recommande de ne pas lire la chronique qui suit. Elle risque de heurter les cœurs sensibles. A ceux qui pensent que l’amour ne doit pas rendre aveugle et que toute action doit être précédée d’une analyse lucide et précise de la situation, lisez et débattez dans la fraternité !

L’AS Monaco est-elle encore un grand club ? Poser la question, c’est déjà y répondre un peu. Avec un trophée en vingt-cinq ans, la réponse est malheureusement évidente. L’ASM reste néanmoins un club historique du Championnat de France. Avec des finances sur un fil, elle fait aujourd’hui ce qu’elle peut. Et, quoi que certains en disent, elle ne s’en tire pas si mal. Le club de la Principauté a terminé sur le podium lors de 9 de ses 13 saisons dans l’élite depuis son retour en 2013/14 : une fois titré (2017), 3 fois deuxième (2014, 2018 et 2024), 5 fois troisième (2015, 2016, 2021, 2022 et 2025). Les supporters d’autres clubs historiques, comme le Stade de Reims, le FC Nantes, l’AS Saint-Etienne et les Girondins de Bordeaux aimeraient clairement être à notre place.

Cette saison, les Rouge et Blanc alignent les mauvais résultats et ne termineront pas sur le podium. Faut-il alors demander le départ de Thiago Scuro ? C’est une option. Directeur sportif, il est évidemment redevable des piètres résultats sportifs actuels. Aucun supporter ne le regrettera. Sera-ce suffisant pour retrouver la lumière ? Rien n’est moins sûr. Dernièrement, nous avons eu Michael Emenalo, Paul Mitchell et maintenant Thiago Scuro. Limités par les contraintes financières, ils ont tous appliqué la même politique de recrutement : vendre au mieux et tenter des paris à l’achat. Il en ira vraisemblablement de même pour le successeur de Thiago Scuro. Peut-être aura-t-il simplement plus de chance. Peut-être aurait-il parié sur Florian Thauvin plutôt que sur Paul Pogba. Mais, ne nous leurrons pas : il n’y aura pas d’amélioration pérenne des résultats.

Les difficultés actuelles de l’AS Monaco ne sont pas conjoncturelles, mais structurelles. L’ASM fait aujourd’hui partie de ces clubs pas assez riches pour lutter contre les clubs financés par des Etats, tout en gardant un pouvoir d’attraction suffisant pour éviter les bas-fonds du classement. Cela signifie-t-il qu’il n’y a rien à faire et que ses supporters n’ont pas leurs mots à dire ? Certainement pas.

Les résultats sportifs sont fluctuants. Cela fait partie des aléas et de la beauté du foot. Mais, pour l’AS Monaco, il y a pire que les mauvais résultats. Depuis plusieurs années, le jeu déployé par l’équipe est indigne de son histoire et est une souffrance pour les yeux de ses supporters. Nombreux sont ceux tombés amoureux du club pour son jeu chatoyant développé par des artistes du ballon rond au sein de collectifs cohérents et fluides. Ils ne trouvent aujourd’hui plus leur compte. Chaque rencontre est actuellement un festival d’erreurs et d’approximations techniques. A quand remonte le dernier match enthousiasmant de nos favoris ? Le match retour contre le Benfica Lisbonne en barrage de la Ligue des Champions l’année dernière en a été un. Peu d’autres prestations récentes sont restées dans les mémoires. L’AS Monaco a à sa disposition un centre de performance unique en France et rare en Europe. Comment se fait-il alors que le club ne parvienne pas à en tirer réellement profit ? A part quelques athlètes interchangeables, quels sont les derniers joyaux à avoir été polis au sein du centre de formation ? Maghnes Akliouche en fait partie. Eliesse Ben Seghir, malgré quelques coups d’éclat, a peiné à confirmer. C’est bien maigre. Le manque d’argent ne peut constituer une excuse. C’est simplement une question de stratégie et d’envie de s’inscrire dans l’histoire et la tradition de ce club. Développons des principes de jeu ambitieux dès le plus jeune âge et inculquons à nos pépites cet amour du beau. L’AS Monaco est plus qu’une équipe de football, elle est l’incarnation d’une idée de l’élégance. Cette identité est un joyau, préservons-la.

Les fidèles supporters constituent une part de l’âme de l’AS Monaco et ont raison de vouloir se battre pour leur club. Encore faut-il bien choisir ses combats. La sauvegarde de l’âme du club en est un noble, mais elle va bien au-delà du cas de Thiago Scuro qui est finalement anecdotique. Des banderoles bien plus fédératrices pourraient être brandies : « où est le nouveau Jean-Luc ? « , « où est le nouveau David ? », « où est le nouveau Kylian ? » ou encore « Peut-être plus la meilleure, mais l’ASM sera toujours la plus belle à voir jouer ». Gagner des trophées sera de plus en plus compliqué, mais admirer la plus belle équipe est peut-être encore possible. Vive le football, vive la Diagonale et surtout vive l’AS Monaco !

Photo : FEP/Icon Sport