L’AS Monaco & le Cercle Bruges : Une histoire belge depuis 2017
17 septembre 2026Depuis 2017, Monaco a une deuxième maison en Belgique
L’AS Monaco possède un club de football en Belgique depuis bientôt dix ans, et le récent prêt du gardien Yann Liénard au Cercle Bruges n’en est que le dernier chapitre. Loin d’être un transfert anodin, ce mouvement s’inscrit dans une histoire d’une richesse insoupçonnée, tissée depuis 2017 entre la Principauté et la Venise du Nord.
Une relation faite de sauvetage financier, de dizaines de joueurs prêtés, de rumeurs de rupture et même d’un improbable derby européen.
Retour sur près d’une décennie de liens entre l’ASM et son club cousin belge, un partenariat unique en son genre que peu d’amateurs de football connaissent dans le détail !
Comment tout a commencé, le sauvetage de 2017
Le 5 mai 2017, l’AS Monaco est devenue actionnaire majoritaire d’un Cercle Bruges au bord de la faillite, en rachetant 60 % de ses parts pour environ 4,5 millions d’euros. Une participation qui grimpera au fil des ans jusqu’à 97 %. À l’époque, le club brugeois, malgré ses 78 saisons dans l’élite et ses trois titres de champion de Belgique, végétait en deuxième division et traversait une passe financière critique.
Le projet monégasque avait pourtant du sens, bien au-delà du simple secours à un club en difficulté. Il s’agissait de se doter d’une véritable pouponnière en Belgique, un championnat choisi pour son niveau et la qualité de ses centres de formation. Vadim Vasilyev, alors vice-président de l’ASM, ne cachait pas son attachement au projet : “Le Cercle, son matricule 12 et ses couleurs, vert et noir, font partie du patrimoine sportif de la Belgique, dont Bruges est la plus belle ville. Ce club doit retourner au plus vite en première division.”
De plus, ce choix n’avait rien d’un hasard, puisque les deux clubs se connaissaient déjà bien. Depuis 2012, Filips Dhondt, ancien manager du Cercle, conseillait le vice-président monégasque, et plusieurs jeunes de l’ASM y étaient déjà prêtés avant même le rachat.
L’objectif fut atteint dès la première saison, le Cercle Bruges décrochant sa promotion en mars 2018, à peine un an après le rachat. Un démarrage idéal.
Une décennie de joueurs prêtés à Bruges
Depuis près de dix ans, le Cercle Bruges est surtout devenu la porte d’entrée belge des jeunes de l’AS Monaco, un terrain d’apprentissage grandeur nature entre la réserve et l’équipe première. La liste des joueurs passés par ce couloir est longue. Dès les premières saisons, des noms comme le gardien Paul Nardi ou l’attaquant Irvin Cardona ont fait le voyage vers la Flandre.
Le cas le plus marquant reste sans doute celui d’Adama Traoré. Avant de rejoindre Monaco en provenance de Lille en 2015, le milieu malien avait été élu meilleur joueur de la Coupe du monde U-20 disputée en Nouvelle-Zélande, terminant troisième de la compétition avec sa sélection.
C’est plus tard, début 2019, qu’il fut prêté au Cercle Bruges, alors dirigé par le Français Laurent Guyot, passé par Nantes. D’autres ont suivi le même chemin au fil des vagues successives, de Pierre-Daniel Nguinda à Yoann Etienne en passant par Kevin Appin.
Et l’histoire se poursuit aujourd’hui encore : cette saison, ce sont trois Monégasques, le défenseur Valy Konaté, l’attaquant Lucas Michal et le gardien Yann Liénard, qui portent le maillot vert et noir.
Une présence belge qui dépasse le seul Cercle Bruges
Le lien entre Monaco et l’univers du casino ne date pas d’hier et dépasse très largement le cadre du football. Il remonte à plus d’un siècle et touche aux institutions mêmes de la Principauté.
En effet, le Casino de Monte-Carlo, exploité par la Société des Bains de Mer, une entreprise dans laquelle le gouvernement monégasque et la famille princière détiennent une participation majoritaire, entretient un partenariat de longue date avec le club de football de l’AS Monaco.
Ce lien illustre quelque chose de plus profond qu’un simple contrat de sponsoring. À Monaco, le football d’élite et la culture du casino coexistent parfaitement depuis plus d’un siècle, à travers une institution directement rattachée au gouvernement de la Principauté, et non via un accord commercial passager.
Cette coexistence entre sport et casino agréé se retrouve d’ailleurs ailleurs en Europe, sous des formes qui varient selon les pays et leurs cadres réglementaires. En Belgique, par exemple, le casino belge Starcasino opère sous sa propre licence, distincte de celle qui encadre Monte-Carlo.
Deux pays, deux régulations, mais une même idée de fond : lorsqu’il est légal et encadré, le casino fait depuis longtemps partie du paysage sportif européen, bien au-delà des seuls logos visibles sur un maillot.
La fois où tout a failli s’arrêter
La relation a bien failli s’arrêter net en 2023, lorsque des informations ont fait état d’une possible revente du Cercle Bruges par l’AS Monaco. En mai de cette année-là, le média flamand Het Laatste Nieuws affirmait que les dirigeants monégasques, mécontents du faible rendement des investissements réalisés, envisageaient de se séparer du club. Les chiffres avancés donnaient le vertige, avec des pertes sèches annuelles estimées à 2 millions d’euros, près de 15 millions injectés pour la seule année 2022, et plus de 50 millions au total depuis le rachat.
La rumeur avait de quoi inquiéter, d’autant que l’UEFA encadre très strictement la multipropriété des clubs. Mais les deux parties ont rapidement éteint l’incendie. Dans un communiqué commun, l’AS Monaco a formellement démenti toute intention de vendre, se disant satisfaite des résultats actuels de Cercle Bruges et affirmant soutenir pleinement l’équipe pour l’avenir .
Depuis, la relation est restée stable, et le club cousin belge a conservé toute sa place dans le projet monégasque !
Un vrai derby malgré 1 251 kilomètres
Un match de Ligue des champions entre le Club Bruges et l’AS Monaco prend des allures de derby européen, et ce pour une raison savoureuse : Monaco possède le Cercle Bruges, c’est-à-dire le rival historique du Club au sein de la même ville. Voir l’ASM affronter le grand voisin de son propre club satellite crée une situation aussi rare qu’amusante, où les Monégasques héritent, par procuration, d’une rivalité locale brugeoise vieille de plus d’un siècle.
Le plus cocasse reste la géographie. Quelque 1 251 kilomètres et près de douze heures et demie de route séparent la Principauté de la cité flamande. Ce “derby” est donc entièrement symbolique, né d’un montage financier plutôt que d’une proximité géographique.
Une singularité que seul le football moderne, avec ses réseaux de clubs, pouvait inventer. Et la situation n’a rien de théorique, puisque les deux formations se sont bel et bien croisées sur la scène européenne, transformant une affiche de Ligue des champions en duel que les supporters brugeois comme monégasques ont savouré à leur manière !
Ce que Liénard retrouvera à Bruges
Yann Liénard n’est pas un cas isolé, mais le dernier maillon d’une filière désormais bien rodée.
Formé à l’Academy de l’AS Monaco, qu’il a rejointe à seize ans, le gardien de 23 ans occupait le poste de troisième portier dans la hiérarchie monégasque, derrière Lukas Hradecky et Philipp Köhn. Un prêt en Jupiler Pro League représente donc pour lui l’occasion idéale d’engranger du temps de jeu au plus haut niveau belge.
À Bruges, il ne débarquera pas en terrain inconnu. Il y retrouvera deux autres pensionnaires de la Principauté prêtés cette saison, Valy Konaté et Lucas Michal, preuve que le couloir entre Monaco et le Cercle n’a jamais cessé de fonctionner. Un environnement familier, pensé précisément pour accompagner la progression des jeunes talents du club.
Une histoire qui continue de s’écrire
À l’approche de ses dix ans, ce partenariat entre l’AS Monaco et le Cercle Bruges continue d’écrire de nouveaux chapitres, saison après saison.
Ce qui n’était au départ qu’un sauvetage financier est devenu une véritable seconde maison belge, un projet sportif à part entière qui a résisté aux doutes comme aux rumeurs de rupture. De Nardi à Liénard, de la deuxième division belge aux soirées européennes, l’histoire n’est visiblement pas près de s’achever.
Rares sont les clubs français à pouvoir se targuer d’une telle ramification à l’étranger, construite et entretenue sur près d’une décennie. Et pour les supporters monégasques, elle offre une raison supplémentaire, et plutôt inattendue, de garder un œil attentif sur ce qui se passe du côté de la Flandre !
Photo : Pixabay

