Et maintenant on fait quoi ? (épisode 2)
1 mai 2026Suite de notre petite série et revue d’options sur notre bilan de santé général, alors que se clôture très prochainement l’exercice 2025/2026. Revue de marché et revue financière ainsi faites, intéressons-nous à celui qui commande, à celui dont l’interventionnisme s’est passablement accru ces deux dernières années, à celui qui voulait vendre et qui peut-être ne veut plus. Entrons désormais dans la tête du tsar (le vrai).
Board : Que veut faire Rybo, que va faire Rybo ?
Une présence active et renforcée
A en consulter l’organigramme du club, D.Rybolovlev et c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas encombré par les opposants. Un gendre en tant que vice-président, Juan Sartori, aucune décision propre à l’ASM à son actif, un siège au CA de la LFP, acte pur de présence au soutien de toutes les majorités. Une fille (Ekaterina) en tant que vice-présidente et une proche Olga Dementeva, DG adjointe, dont les fonctions semblent davantage être celles d’une traductrice que mandataire sociale d’un club professionnel de football. Thiago Scuro, DG donc mandataire révocable et non directeur technique (ce rôle étant dévolu à C.Avina), est le premier dans la hiérarchie à ne pas appartenir au premier cercle du propriétaire. Mais le brésilien, nous ne le savons que trop bien, occupe bel et bien des fonctions de DS, l’ASM n’a pas réellement de DG ou de président. La dualité d’intérêts de V.Vasilyev et les choix calamiteux d’O.Petrov ont eu raison de la confiance que Rybo pouvait avoir en une présidence dissociée d’un propriétaire. Il s’est en conséquence remis aux affaires courantes. Redoutable homme d’affaires mais austère et erratique, D.Rybolovlev ne prête en réalité son oreille qu’à deux personnes : Dimitry Chechkin (ex vice-président) et Stephane Morandi chargé de l’intermédiation entre la diagonale et le Palais et membre du Conseil d’administration.
La présence de notre propriétaire au Louis II mais plus encore sur la majorité des déplacements du club s’est considérablement renforcée ces deux dernières saisons. Mais les apparitions de Rybo sont loin de se limiter aux loges princières et aux zones hospitalités à Lyon ou Paris. Le russe « descend » souvent à la Turbie, initie des réunions, n’hésite pas tacler ce et ceux qu’il estime insuffisants. Ainsi au lendemain du nul contre la Juve assurant notre place en barrage de LDC, notre propriétaire provoquait des réunions de travail tout en décidant d’un changement mode opératoire au sein de la direction sportive. D.Rybolovlev est plus lucide que W.Kita, plus présent que F.Mc Court, infiniment plus crédible que J.Textor, l’interventionnisme dont il a régulièrement fait montre ces deux dernières années est généralement allé dans le bon sens, ses positions sont claires et il ne fait pas joujou avec l’argent des autres (ami lyonnais encore toi si tu nous lis).
Mais l’ASM a aujourd’hui besoin non pas de plus ou de moins mais d’autre chose. A l’image de l’exceptionnel travail engagé par Olivier Letang, il nous apparaît impérieux de devoir nommer un président. Un homme ou femme qui tant maîtrise les arcanes du foot français, des clubs, des réseaux, des agents que celles de la LFP où l’on se tarde d’avoir une voix qui porte enfin, une expression de notre identité, de notre stratégie… il faut aussi faire de la politique. C’est parce que trop intéressé (et commissionné) sur les plus-values de transfert que V.Vasilyev a chuté, mais il ne faut pas oublier le fin politicien, stratège, franc délégateur qu’il fut. De telles qualités ayant concouru à la plus belle ascension, de la L2 au titre, que le club ait jamais connu. Ces qualités peuvent se trouver et doivent désormais s’incarner, Rybo doit impérativement le comprendre.
Vendu ou pas ?
Marronnier ou serpent de mer, selon les goûts terrestres ou marins, la vente de notre club pourrait apparaître comme remède à nos maux, presque un souffle libérateur, une voie nouvelle vers les sommets. Ceci uniquement par les espérances qu’elle provoque. Celles par exemple de voir le PIF débarquer milliards en mains et déverser ses liquidités sans limite sur l’Europe pour s’arroger, dans tous les domaines, le service des meilleurs. Oui mais voilà qu’il est un ver dans le fruit. Les pétro-monarchies ont actuellement d’autres chats à fouetter d’une part et si, en juin prochain, l’on annonçait bel et bien un rachat, il est certain que l’acquéreur n’aurait pour autre projet que de perpétrer ce qui existe.
Puisque l’ASM est une forteresse imprenable de laquelle ne fuite quasiment jamais aucune information concernant la vente du club, raisonnons par déduction.
La bombe a déjà plus de deux ans ; le 21 janvier 2024, les échos annonçaient que le banquier d’affaire Raine (spécialisé dans ce type d’opération) avait été mandaté par D.Rybolovlev afin de travailler sur un « projet de cession total ou partiel ». Les salariés de l’établissement financier, qui soit dit en passant s’en battent allègrement les rouleaux du toucher de Golovin ou de la côte d’Akliouche, se sont mis au turbin. Première étape ; déterminer la valeur du bien en y intégrant toutes les données intrinsèques et extrinsèques. Seconde étape ; établir une « data room », un espace de communication ultra-sécurisé et confidentiel qui source toute la documentation collectée à laquelle les acquéreurs potentiels ont accès pour calibrer leur offre. Troisième étape ; recueillir l’inscription à la « data room », ceci signifiant les candidats potentiels, vous doutant bien que leurs capacités financières sont préalablement peignées afin qu’ils y aient accès. La dernière étape ne leur appartient plus, les candidats inscrits et définitivement intéressés soumettent leurs offres, les négociations peuvent alors s’engager avec le propriétaire et la Principauté.
Y’-t-il eu des offres ? Première question essentielle et réponse positive. Du moins on peut le supposer valablement pour deux raisons.
D’une part, les informations révélées par le quotidien l’Equipe en juin 2024 faisaient état d’un projet belge et saoudien depuis lors sur la table. Ce même article révélait une information assez hallucinante : Rybo se serait, lors de l’acquisition du club pour un euro symbolique (logique car criblé de dettes et en L2) engagé contractuellement avec la Principauté à ne pouvoir vendre le club pour plus cher. Ceci signifiant que la prise de contrôle de l’ASM ne coûterait qu’un euro et que fatalement elle susciterait des vocations considérables. Une information qui pourtant demeure difficile à croire et difficilement crédible ; à suivre cette logique Rybo n’aurait d’intérêt à céder le club que s’il était soit trop malade pour suivre, soit trop endetté pour suivre. Et quel pourrait être l’intérêt d’un homme d’affaire d’acheter un club dans l’état de l’ASM en 2012, de combler le passif, d’investir ensuite si ce n’est pour valoriser les titres qu’il détient dans l’hypothèse d’une vente ? Tout ça pour un euros !? La clé de la véracité de cette information repose peut-être dans les liens qu’il entretient avec la Principauté et les avantages dont il aurait pu bénéficier par ailleurs. Sa prise de contrôle de l’ASM interviendrait comme simple contrepartie d’un deal beaucoup plus grand ne concernant d’ailleurs pas le football.
D’autre part la grande adhésion à cette data room, comme le révélait un autre article de l’Equipe précisant qu’à minima « 7 candidats » soit 7 investisseurs costauds y avaient eu accès. Logique finalement de constater qu’une telle opération peut susciter des appétits. Localisation, finances, academy, présence régulière sur le podium, infrastructures, plus values constantes…. les atouts sont réels et ont nécessairement placé des acteurs en position de rachat.
Qu’est-ce qui coince ?
Petit problème de taille, ces informations datent de deux ans, un bouillonnement s’est bien fait sentir entre janvier et juin 2024 mais depuis lors c’est le calme plat. Rybo est présent comme jamais, ne bruissent désormais que des rumeurs foireuses souvent initiées par des trolls malfaisants, rien ne point. La Principauté bloque ? Rybo a changé d’avis ? Les offres sont insuffisantes ? Le crash des droits TV a-t-il fait faire marche arrière aux investisseurs ?
Toutes ces hypothèses sont possibles mais il est une chose de sûre : si une vente devait intervenir cet été, les informations ne fuiteront pas avant qu’elle soit actée. La nouvelle surviendra aussi fulgurante qu’en 2012. Ni Scuro, ni Poco, ni les joueurs ou leurs agents n’ont quelque information que ce soit à ce titre. Ce qui surprend le plus c’est que personne n’a officiellement annoncé que ce projet de vente était désormais clos. Peur du vide, peur du bide ou transactions en cours ? Juin 2026 nous apportera des réponses.
Vente ou pas l’ASM ne changera pas de sphère, un milliardaire pourra en chasser un autre, notre club restera un joyau azuréen attractif mais cerclé par des limites infranchissables. Son stade vétuste et vide, son statut de club-Etat, sa faible capacité de pénétration des marchés émergents, son modèle propre sont autant de facteurs qui en font le club qu’on aime tant mais pas un objet de soft-power suffisamment puissant pour convaincre des fonds souverains de jouer dans la cours de ceux qui n’ont pas de limite de pot.
Les options actives
Notre cher Geoffroy nous l’écrivait en ce premier mai, en marge de la confrontation à Metz et antépénultième journée de la saison, Rybo est à nouveau descendu à la Turbie. S’il fallait vous convaincre encore plus de son implication c’est désormais chose faite. Vente du club subordonnée à une place européenne justifiant de son stress et de sa présence ? Ou simplement colère légitime au terme proche d’une saison ratée, volonté de recadrage et d’alerte en vue de l’exercice prochain ? Vous l’aurez compris, chacune de ces actions pourra offrir deux interprétations purement contradictoires, soutenir toujours deux hypothèses opposées sans que l’une des deux soit inepte.
Nous ne pourrons rien tirer de l’actualité sur la stratégie du board. Espérons du moins qu’il en est une. A ce stade Rybo tire toujours les manettes et dispose de deux leviers. Le premier demeure comme évoqué celui de déléguer les fonctions de représentation du club à un président(e) nommé(e). Le second de révoquer le DS (DT dans l’organigramme) et d’en nommer un qui détermine un plan de recrutement pertinent. Pour lu
Et nos options quant à la direction sportive et l’effectif ? C’est à suivre dans un prochain numéro
Photo by Hugo Pfeiffer/Icon Sport
