L’AS Monaco, la mémoire et l’oubli dans un verre

L’AS Monaco, la mémoire et l’oubli dans un verre

27 avril 2026 5 Par David L

Huit buts encaissés et deux points pris. Le bilan des trois dernières rencontres de l’AS Monaco est catastrophique. Les esprits taquins argueront que cela n’est pas si mal pour une équipe ayant joué sérieusement à peine une heure en trois matchs. L’ASM affiche certes un potentiel intéressant lorsqu’elle tourne à plein régime. Mais son irrégularité chronique est rédhibitoire pour pouvoir prétendre à un podium en fin de saison.

Toulouse FC – AS Monaco : 2-2

Toulouse FC : Russell-Rowe 61’, Emersonn 90’ / AS Monaco : Teze 6’, Camara 18’

Depuis sa création en 1924, l’AS Monaco a terminé trente-et-une fois dans le top 3 de la Ligue 1. C’est le record national. Remonté dans l’élite en 2013, le club de la principauté a été champion en 2017, deuxième trois fois et troisième à cinq reprises. Soit neuf podiums en douze ans. Hormis le Paris SG, personne n’a fait mieux (6 top 3 pour l’OM et 4 pour l’OL). L’ASM est un club performant dont les résultats sont volatils, mais qui garde toujours suffisamment de ressources pour revenir rapidement sur le podium. Les supporters d’autres clubs historiques du Championnat de France seraient ravis d’avoir les résultats de notre club favori. Les Girondins de Bordeaux et l’AS Saint-Etienne n’évoluent plus en Ligue 1 ; le FC Nantes jouera en Ligue 2 la saison prochaine.

L’AS Monaco ne finira pas sur le podium en fin de saison. Les dieux du football en ont décidé ainsi et ce n’est pas un drame. En finissant sixième ou septième, le club du Rocher pourrait même participer à une Coupe d’Europe davantage conforme à son niveau réel et ses supporters revivre l’ivresse oubliée des grandes soirées européennes des mois d’avril et de mai. Ce n’est pas si mal. Comment expliquer alors ce curieux vague à l’âme qui frappe les supporters de l’AS Monaco depuis plusieurs saisons ? En fait, leurs attentes sont en décalage récurrent avec la réalité sportive de leur club. Malgré des podiums réguliers, la direction sportive peine à installer des cycles durables et les saisons monégasques sont souvent marquées par une instabilité structurelle. Le projet sportif est perçu comme peu lisible : les entraineurs se succèdent sans changement significatif de style de jeu et les joueurs arrivent puis repartent sans laisser d’empreinte majeure dans l’histoire du club. S’ajoutent également des déceptions répétées dans les moments clés en fin de saison et dans les différentes coupes. Les supporters des Rouge et Blanc nourrissent l’idée que leur club ne capitalise pas pleinement sur son potentiel et regrettent une identité sportive difficile à reconnaître d’une année sur l’autre. L’AS Monaco gagne souvent, mais rassure rarement. Ses supporters, habitués à viser haut, sont usés émotionnellement.

Que faire alors ? Il n’y a malheureusement pas de remède miraculeux pour soigner le spleen monégasque. L’alcool pourrait cependant constituer une agréable échappatoire. Tout excès d’alcool est nocif pour la santé. Mais il n’est vraiment pas certain que cela le soit davantage que de suivre l’AS Monaco. Le supporter monégasque enchaîne espoirs déçus, rechutes et fausses renaissances, saison après saison, sans véritable période de récupération affective. L’alcool a cette vertu très monégasque de raviver la mémoire : il aide à se remémorer les grandes heures de l’ASM, quand le Rocher brillait en Europe, empilait les titres et faisait naître des joueurs devenus légendaires.

Là où le présent fatigue et use, le souvenir embellit. Un verre partagé entre supporters réactive la nostalgie collective et l’idée que « Monaco, dans les années 1980 et 1990, quand même, c’était autre chose »… Vive le football, vive la Cap d’Ona rousse aux marrons et surtout vive l’AS Monaco !